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PHAGOTHÉRAPIE : interview du Dr Jérôme LARCHÉ – Président de PHAGESPOIRS -

Posté par Jérôme Larché le 1 mai 2016

 

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Dans le cadre de notre article sur la phagothérapie, nous nous sommes rapprochés d’un des spécialistes et défenseur de cette méthode de traitement, Jérôme Larché, médecin réanimateur et Président de Phagespoirs, association visant à promouvoir d’une part la recherche et l’utilisation des bactériophages dans le domaine diagnostique et thérapeutique, et d’autre part visant à soutenir les patients désirant en savoir plus sur les bactériophages.

66 Millions d’Impatients – Où en est-on des essais visant à valider l’utilisation thérapeutique des phages ?

Dans l’état actuel des connaissances en matière de phagothérapie, il existe de nombreux éléments pour plaider l’innocuité de cette thérapeutique, mais c’est la mise en place d’essais cliniques méthodologiquement robustes qui constitue aujourd’hui le besoin le plus important. Nous disposons en effet déjà de données empiriques provenant souvent des pays d’Europe de l’Est où la phagothérapie est pratiquée, mais elles sont issues d’études qui ne répondent pas aux critères méthodologiques retenus par les normes européennes en matière d’essais cliniques thérapeutiques. Or ces normes, nécessaires d’un point de vue scientifique, imposent de réaliser des essais qui requièrent de gros moyens d’investigation, notamment financiers.

Seul un essai de ce type vient aujourd’hui d’être lancé grâce à un financement de la Commission européenne et l’implication de nombreux partenaires. Il s’agit de l’essai « Phagoburn » (www.phagoburn.eu) qui, pendant 3 ans, va tester l’utilisation de la phagothérapie dans le traitement de bactéries problématiques souvent retrouvées chez les grands brûlés.

Il faut espérer que cet essai permettra de prouver, dans un cadre conforme aux exigences méthodologiques occidentales, l’intérêt de la phagothérapie pour ce type précis de pathologies liées aux grands brûlés de façon à motiver ensuite la réalisation d’essais du même ordre pour d’autres types de pathologies dont le traitement par phagocytes est prometteur. Car, en l’état actuel des choses, c’est-à-dire sans validation scientifique solide, les phagothérapies ne sont envisagées comme une piste de développement ni en termes économiques (les grands industriels de la santé et du médicament ne se penchant pas sur la construction d’un modèle de rentabilité de leur utilisation), ni en termes politiques (alors même que l’augmentation de la résistance bactérienne aux antibiotiques devrait inciter les responsables gouvernementaux à considérer cette piste comme l’une des plus crédibles à creuser).

66 Millions d’Impatients – Dans quels types de pathologies la phagothérapie pourrait représenter un réel espoir d’alternative thérapeutique crédible et effective ? Pourquoi ?

On sait que 3 principaux groupes de pathologies peuvent être concernés par le mode d’action des bactériophages tels qu’ils sont utilisés aujourd’hui, c’est-à-dire essentiellement en application locale :

  • les pathologies cutanées (comme dans le cas des grands brûlés),
  • les pathologies ostéo-articulaires,
  • les pathologies respiratoires.

Les principales utilisations rapportées portent sur ces deux premiers groupes de pathologies, mais on sait qu’en matière de pathologies respiratoires il y a aussi des espoirs considérables dans le traitement par exemple de certains cas de mucoviscidose, ou plus généralement concernant la dilatation des bronches. Ces développements de la phagothérapie dans le traitement des pathologies respiratoires est une nécessité quand on voit le nombre de bactéries résistantes en expansion qui y sont associées. C’est un enjeu de santé publique primordial au niveau mondial. Il y a aujourd’hui de plus en plus d’impasses thérapeutiques face à des pathologies respiratoires, et c’est dans ce cadre qu’il est le plus raisonnable d’utiliser les bactériophages tant que les traitements qui les font intervenir ne sont pas scientifiquement validés. Mais, après-demain, l’idéal serait de développer des combinaisons thérapeutiques associant notamment antibiothérapie et phagothérapie.

66 Millions d’Impatients – Que conseilleriez-vous à des personnes qui souhaiteraient savoir si, dès aujourd’hui, une phagothérapie pourrait être pratiquée sur eux ?

Concrètement, les personnes qui souhaitent aujourd’hui bénéficier d’un traitement par phagothérapie doivent se rendre ou se mettre en contact avec les équipes médicales qui la pratiquent, essentiellement en Pologne ou en Géorgie. Mais il est essentiel que ce soit fait dans un cadre éthique et médical strict qui doit, à mon sens, respecter les conditions suivantes :

1/ Que la personne soit dans une situation d’impasse thérapeutique validée, de façon pluridisciplinaire.

2/ Que la personne soit informée sur le rapport bénéfice / risque de la phagothérapie qui va lui être administrée (comme cela devrait être le cas pour tout traitement), en insistant en l’occurrence sur le fait que ce type de thérapie n’est pas à ce stade scientifiquement validé dans les normes habituellement en vigueur en matière médicamenteuse en Europe.

3/ Que la personne puisse obtenir la garantie que la documentation bactériologique, de son infection et du phage correspondant qui va lui être administré, a été faite dans de bonnes conditions.

4/ Que la personne bénéficie d’un suivi sur le moyen / long terme entre l’équipe médicale qui administre le bactériophage et celle qui la prend en charge au quotidien dans la durée.

Dans ces conditions, et notamment du fait de la première d’entre elles qui veut qu’aujourd’hui on réserve la phagothérapie aux situations d’impasse thérapeutique, l’utilisation des bactériophages dans notre arsenal thérapeutique me semble irréprochable et même essentiel. C’est un message qu’il faut réussir à faire passer auprès des autorités sanitaires pour les obliger à dépasser le silence dans lequel elles s’enferment toujours face à la phagothérapie. En considérant les conséquences médicales et psychosociales observées chez ces patients, il n’est plus acceptable qu’elles se réfugient en la matière derrière un principe de précaution qui laisse sur le bord du chemin des dizaines de milliers de personnes en Europe au pronostic vital et fonctionnel engagé. Il faut trouver un juste équilibre entre principe de précaution et nécessité d’innovation face à une urgence de santé publique.

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